L'histoire du peigne en corne

 

Il est estimé que l'émergence des premiers peignes dates d’environ 9 500 à 12 500 ans avant J C.

Il faut remonter à la préhistoire, époque où on trouve des peignes dans les sépultures.

Ils étaient faits d’arêtes de poissons fixées à un morceau de bois ou encore des épines de chardons attachées à une branche.

Au néolithique, les peignes  étaient faits d’or ou de bois.

Le premier peigne a été découvert en Syrie. Il s’agit d’un petit peigne en os qui daterait de 8400 avant J.C.

L’os, l’ivoire (mammouth), le bois (buis, charmille, hêtre, bois exotique... , la corne (de bœuf plus que de buffle) , l’écaille (la tortue), le bronze, le plomb (abandonné par la suite pour cause d’intoxications) étaient les premiers matériaux de confection des peignes.

Les plus anciens peignes  ont été découverts parmi les objets laissés dans les tombes appartenant à la première dynastie égyptienne (3150 avant JC).  Les  peignes à dents très fines et serrées (peigne a poux) ont été trouvés dans les tombes égyptiennes. Des centaines de tombes datant de la période de 3000 à 2000 avant J C ont été trouvés dans la péninsule ibérique (aujourd'hui l'Espagne), contenant des articles et parmi eux de nombreux peignes en ivoire ou peignes  en corne.

Un peigne en os, datant de 3 500 à 4 500 avant. J.C est exposé au British Muséum.

Le peigne est un objet souvent trouvé sur les sites néolithiques d’Europe.

Il y a quatre mille ans, au Karakoum, c'est dans ce qui est maintenant devenu un désert que les archéologues ont trouvés de nombreux instruments d'entretien du corps : des miroirs, des peignes en ivoire que l'on découvre comme les modelés parmi les plus anciens et remarquables.

Dans l’Égypte des pharaons, certains styles de coiffures et les outils pour les entretenir se rapprochent des traditions esthétiques d'Afrique noire

En Afrique chaque peigne est porteur d'un message spirituel et social qui témoigne de l'environnement dans lequel il a été fabriqué et  du statut de son propriétaire. Tout comme les cheveux, son appropriation par autrui peut s'avérer néfaste, et sa perte est ressentie  négativement. Plus largement, "la perte du peigne", pour les africains arrachés à leur terre natale, est à l'origine d'une aliénation qui entraîna un regard négatif sur leur cheveu et aboutit à la pratique du défrisage.

La mise en forme de la chevelure nécessite des heures, voire des jours de patience, mais fait preuve d'un savoir-faire dont la variété des résultats est impressionnante. Les sculpteurs africains ont reproduit ces modèles de coiffures. L'exposition "Parures de têtes" au musée Dapper a témoigné de cette créativité capillaire. Les statuettes sont les témoins privilégiés d'un art en perpétuel renouvellement. Les peignes en bois ornés de dessins pyrogravés servent de démêloirs et  parfois de parure pour les hommes. La décoration de ces objets réalisés en bois légers, fait appel à un répertoire où cohabitent motifs abstraits, figures humaines et  animales. Avec les épingles, ils se transforment en véritables bijoux de cheveux lorsqu'ils sont recouverts de fines feuilles d'or comme chez les Assante du Ghana.

Plus tard, les carthaginois ont repris des thèmes d'Égypte pour décorer leurs peignes. Ainsi, vers les années 1900, sur un peigne d'ivoire un chercheur a reconnu les déesses Isis et Nephtys.

Chez les Assyriens et les Égyptiens, ils étaient réservés à l’aristocratie et les artisans rivalisant de talent délaissent l’os au profit des peigne en ivoire, des peignes en cornes ou du métal.

Déjà dans l‘antiquité romaine, les peignes constituaient un élément indispensable de la coiffure des élégantes. Ovide, semble-t-il en fait même une longue description.

Les romains préfèrent les peignes en  buis, les peignes en argent, les peigne en or et les peignes en ivoire.

Ils vouent un véritable culte  à cet accessoire de mode qui déjà, à leur époque, existait en format peigne de  poche.

Dans la Chine ancienne, on place un peigne de jade dans la tombe du défunt pour l'aider à accéder à l'immortalité.

Les Chinois les appellent "fleurs de tête", les Japonais leur donnent des pouvoirs occultes, de protection notamment. Encore aujourd'hui, les brûler rituellement dans un temple shinto permet de se purifier.

Leur contact avec la tête, partie capitale du corps, génère croyances et superstitions.

A leur dimension religieuse s'ajoute souvent une force affective :

Entre le 1er siècle avant JC. Et le 2ème siècle après JC, il y avait plusieurs autres découvertes. Un peigne en bois de cette période a été trouvé dans le désert du Néguev, il contenait 10 poux adultes et 5 lentes séchées. Un autre peigne en bois de la même période a été trouvé dans le Nord de l'Angleterre et des fragments de contenus de poux. En Allemagne également pendant la même période, près de Rotterdam, un peigne en bois avec des dents très fines recouvertes de dépôts de boue contenant des poux a été découvert.

En EUROPE, ils sont généralement liés à une histoire personnelle et concentrent des aspects émotifs, voire intimes, rarement présents dans les autres objets : promesse d'amour, cadeau de naissance, de mariage ou d'anniversaire, souvenir de famille transmis de génération en génération.

En AFRIQUE, les peignes ont des sens et des formes multiples. Cela va de l'objet de prestige au peigne d'ornement qui valorise la beauté d'un homme ou d'une femme en passant par les peignes-amulettes qui favorisent la fécondité ou protègent la personne. Ils indiquent le statut de la femme qui le porte, mais les hommes ne dédaignent pas d'en porter.

En OCEANIE, les hommes du groupe de Saint-Matthias vivent totalement nus. Mais ils arborent un grand peigne de fibres au sommet de la tête. Ils ne peuvent le porter qu'après leur initiation et cela représente pour eux l'accession à un nouveau rang social.

Qu'ils soient bijoux, amulettes ou "cartes d'identité", les peignes sont donc reliés à l'histoire de la société tout entière.

Issus des matériaux propres à leur territoire, ils sont des objets d'arts appliqués qui témoignent de traditions et de savoir-faire. Ils traduisent aussi les influences culturelles et les modes qui ont amené à leur création.

Découvert à Saint-Germain-des-Prés, un peigne mérovingien en os a été conçu selon le modèle des peignes parisiens contemporains : une âme centrale aux dents taillés sur les deux longs côtés, la rangée d’un côté étant plus serrée et plus fine que l’autre. La partie centrale est maintenue entre deux baguettes plates et demi-rondes, ici ornées d’ocelles (cercles ponctués) par des rivets de bronze et de fer. Ces objets étaient vraisemblablement rangés dans un étui pour protéger les dents, très fragiles.

50 ans plus, tard, en 1942, il existait 256 usines de peignes réparties entre l’Ain, l’Ariège, l’Aude et l’Eure.

Petite Parenthèse : les peines liturgiques :

 Le peigne liturgique est destiné à peigner le célébrant de la messe avant sa montée à l'autel pour la célébration de la messe. Son usage semble remonter au IVe siècle, en Occident, selon l'historien Édouard Fourdrignier1, et perdurer jusqu'au début du XVIIe siècle, où il tombe en désuétude pour n'être plus utilisé que lors des sacres d'évêques.

Les peignes liturgiques qui sont actuellement conservés dans les musées sont en ivoire ou en or, la plupart du temps richement ouvragés, et destinés à un usage sacré visant à purifier le prêtre avant l'office. En peignant les cheveux, le clerc assistant le prêtre le purifie des souillures physiques et morales. L'action de peigner s'accompagne de prières telles que celle rapportée par le missel de Lunden (1514) : « Corripe me, Domine, in misericordia tua ; oleum autem peccatoris non impuinguet caput meum ».

Édouard Fourdrignier rapproche ces peignes liturgiques de peignes scandinaves ou assyriens retrouvés dans des fouilles et remontant à l'âge du fer. Tous ces peignes se caractérisent par une double rangée de dents enserrant un montant richement décoré. Une rangée est généralement formée de dents larges, l'autre de dents plus fines.

Ces peignes auraient eu une utilité directe pour les couches inférieures du clergé, à l'hygiène défaillante, et seraient tombés en désuétude plus rapidement que pour les hauts dignitaires du clergé, pour qui l'usage du peigne aurait été dès le départ plus symbolique qu'utilitaire. L'usage du peigne liturgique perdure dans la liturgie orthodoxe grecque, où le prêtre se peigne avant la messe et laisse ensuite son peigne sur l'autel.

Un peigne liturgique est un objet attesté dans cultuel la liturgie chrétienne pendant le Moyen Âge en Occident, et plus tardivement dans le monde orthodoxe.

Peignes liturgiques remarquables :

Les collections médiévales des musées européens possèdent un nombre important de peignes liturgiques. Certains se distinguent par leur richesse ornementale ou par le culte qui leur a été attaché :

Peigne de saint Loup, conservé à la cathédrale de Sens, en ivoire dont la baguette centrale, entourée de deux lignes d'or, est ornée de sept pierres de couleurs. La baguette centrale supporte une arcade en plein-cintre sur laquelle on voit deux lions se dressant contre l'arbre du bien et du mal autour duquel est enroulé un serpent ;

Peigne de Gauzelin de Toul ;

Peigne de Bertuin de Malonne, appliqué pour guérir des maladies du cuir chevelu.

Le pays d'Olmes a longtemps été associé à l'industrie du peigne en corne qui connut son apogée au XIXe et pendant la première moitié du XXe siècle avant la domination du peigne en plastique. Les traces écrites les plus anciennes remontent au Moyen Age et avec l'aide de la famille de Lévis, cette longévité a permis le développement d'un savoir-faire local. L'industrie du peigne en corne connaît en effet au XIXe siècle un développement sans précédent, notamment grâce à l'introduction en 1848 de la machine à denter, hissant la vallée de l'Hers au rang de premier centre français de production. En 1900 la production est de 10 millions de peignes. Dans les années 30, l'industrie du peigne en corne occupe 1500 ouvriers dans 50 entreprises.

En résumé :

III° et VI° siècle : Invasion des sarrasins au sud de l'Ariège, comté de Foix.

Peigne en corne et ivoires

Du XVII° au XVI° siècle : Fabrications très artisanales et rudimentaires du peigne. (Surtout en bois de buis)

XVI° au XVII° siècle : Révocation de l'édit de Nantes. Beaucoup de familles de protestant viennent s'installer en Ariège; région du Mas d'Azil, et vallée de l'Hers.

Ils commencent à passer de l'artisanat à l'industrialisation.

XVIII° siècle : Dès 1780, pénurie de bois de buis, le travail s'effectuera avec d'autres essences de bois, mais aussi avec la corne.

XIX° Siècle : 1850 : apparition de la première machine à réaliser les dents du peigne : La stadeuse.

Grâce aux centrales électriques, l'Ariège devient, l'un des principaux fournisseurs mondial de peignes en corne.

Les cornes provenaient principalement d'Afrique du sud d’Amérique du sud, d'Australie ou de Madagascar.

La qualité était meilleure que les cornes françaises.

Il y avait environ entre 800 et 1500 Employés.

1914 - 1918 : Perte d'une partie de la main d'œuvre.

1939 - 1945 : Difficulté d'approvisionnement, et apparition du peigne en plastique à Oyonnax dans l'Ain.

1939 - 1996 : Déclin progressif de l'activité.

- La vallée de l'Hers est le dernier lieu de fabrication du peigne en corne en France et au-delà.

2000 - 2017: Deux Ateliers à l'heure actuelle perpétue difficilement la tradition de la fabrication de cet outil d'exception qu'est le peigne en corne.